lundi 21 janvier 2008

* POUVOIR D'ACHAT… SARKO A CHANGÉ



Tout est possible», disait-il...


Pouvoir d'achat Sarko l'avait promis et l'a fait

Depuis …


J'ai changé
Un simple montage signé Nonolimit, pour se rendre compte du chemin parcouru entre le Sarkozy qui veut se faire élire et le Président qui ne sait plus quoi faire pour agir…

Sarkozy le grand tournant, déjà !


«Je serai le président de l'augmentation du pouvoir d'achat», avait promis le candidat. Huit mois après son élection, le président avoue son impuissance : les caisses sont vides, et ce sont les patrons qui décident des salaires. A quand le plan de rigueur ?
Première faille ? Premier grain de sable ? La première conférence de presse du président de la République se résumera-t-elle, à terme, à un simple grand show exercice dans lequel Nicolas Sarkozy excelle ? Bien sûr, il a tenu sa promesse de rompre avec les traditionnelles grand-messes trop compassées. Au rancart la solennelle annonce d'huissier - «Monsieur le président de la République» - lors de son entrée dans la grande salle des fêtes ! Mieux - ou pis -, le chef de l'Etat a répondu sur sa vie privée dans un langage carré, voire familier : «Avec Carla, c'est du sérieux...» Mais au-delà ? Réussie sur la forme - rythme, vivacité des réparties malgré une agressivité souvent inutile -, sa prestation a sur le fond laissé beaucoup de questions en suspens et brouillé à la fois son image et sa politique. «Son action n'est guère plus lisible qu'il y a dix jours», déplore un cacique de l'UMP, allusion aux voeux ratés du 31 décembre. Un comble pour celui qui fut pendant sa campagne présidentielle le champion du parler clair ! «Il parlait clair et fort, il parle toujours fort mais moins clair», note le député UMP Hervé Mariton, ex-villepiniste, déçu par «les allers-retours» du discours présidentiel.
C'est surtout la première fois que Nicolas Sarkozy, pourtant expert en la matière, échoue à changer de terrain. Son plaidoyer de cinquante minutes en faveur d'une «politique de civilisation», vue à l'Elysée comme «un fil rouge qui permet de concilier identité et modernité», n'a guère mieux convaincu que la présentation de ses voeux aux Français le 3 1 décembre. Sous couvert de donner une cohérence à sa politique et de l'inscrire dans le long terme, elle a plutôt donné l'impression que, tout étant prioritaire, rien ne l'est vraiment. A vouloir tout traiter en même temps, Sarkozy-super-Premier-ministre prend surtout le risque d'être un président fourre-tout et zappeur. Ce «rideau de fumée» - la formule du socialiste Pierre Moscovici est reprise par beaucoup dans la majorité - n'a pas suffi à faire diversion et à détourner l'opinion de ses attentes en matière de pouvoir d'achat. Sarkozy n'aura surtout pas réussi à masquer qu'il a effectué, sur l'économie et le social, un virage sur l'aile.
Et d'abord sur les 35 heures. «Oui», a-t-il simplement répondu à la question de savoir s'il souhaitait que 2008 signe «dans la réalité» la fin des 35 heures. «C'est la fin du travailler plus pour gagner plus», a bondi le leader de la CFDT François Chérèque, auquel la gauche a emboîté le pas. Ce qui a conduit le président à envoyer le soir même dans les médias ses conseillers pour rectifier le tir. «On ne touche pas à la durée légale du travail», a expliqué Henri Guaino sur RTL, ajoutant cependant qu'on pourrait «déroger à cette règle par des accords majoritaires, de branche ou d'entreprise». Dès le lendemain à l'Elysée, Sarkozy se corrige lui-même. «Si on supprime la durée légale du travail, on supprime les heures supplémentaires. Je ne suis peut-être pas intelligent, mais j'ai compris ça», lance-t-il, agacé, devant les parlementaires auxquels il présente ses voeux. Résultat : brouillage sur toute la ligne. Le plus clair est que, sur les 35 heures, on n'y comprend plus rien. D'autant moins que sur ce sujet les discours de Sarkozy contredisent parfois ceux de son Premier ministre. Alors qu'en novembre le président avait qualifié les 35 heures d'«acquis social», alors qu'il l'avait répété aux partenaires sociaux à l'Elysée le 19 décembre, François Fillon, lui, joue une autre partition. Entre Noël et le jour de l'An, il a envoyé une lettre aux syndicats leur suggérant, sur un mode interrogatif, de réfléchir à la possibilité de revenir sur la durée légale du travail... Bref, la confusion semble totale, mais l'intention est sans doute plus limpide que les discours. «Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais», disait souvent Sarkozy. Sur les 35 heures, est-il toujours cet homme-là ?


Certes, Nicolas Sarkozy n'a pas été élu seulement sur le thème du pouvoir d'achat.
Son succès, il le doit d'abord à ses prises de position sur l'immigration, l'identité nationale, la sécurité et la réhabilitation du travail. Mais on l'a aussi entendu marteler tout au long de sa campagne : «Je serai le président de l'augmentation du pouvoir d'achat.» Or qu'a-t-on vu lors de cette conférence de presse ? Un Sarkozy ouvrant les bras, comme impuissant : «Qu attendez-vous de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ou que je donne des ordres à des entreprises à qui je n'ai pas à en donner ?» Et d'insister, alors que d'après tous les sondages le sujet est au coeur des préoccupations des Français : «Réduire le débat politique français à la seule question du pouvoir d'achat, c'est absurde.» Contraste saisissant avec le candidat du «Tout est possible» et avec celui qui prétendait aller chercher la croissance «avec les dents».
Tournant ? Pour l'ancien ministre villepiniste François Goulard, «il n'y a aucune espèce de doute. Sur le pouvoir d'achat, c'est un abandon en rase campagne». Du reste, pronostique le député du Morbihan, «il n'en parlera plus car il serait contredit chaque fin de mois à l'arrivée des bulletins de salaire». Seule nouvelle de cette conférence de presse pour Goulard : «On est toujours en campagne. Le quinquennat sera une suite de campagnes électorales tous les six mois sur des thèmes différents.» Pour François Chérèque, pas de doute non plus. «Le président s'est converti au principe de réalité», a constaté le secrétaire général de la CFDT sur Europe 1 .
Même à l'Elysée, où l'on conteste tout revirement, on constate que le chef de l'Etat «n'est pas alarmiste, mais qu'il qualifie la conjoncture de difficile et le répète souvent». On n'en est pas - pas encore - à l'annonce d'un plan de rigueur, mais Nicolas Sarkozy est-il déjà sur les traces de François Mitterrand en 1983, puis de Jacques Chirac, qui avait signé dès octobre 1995 l'abandon de la lutte contre la «fracture sociale» ? «Ce n'est pas encore le virage de la rigueur, dit Pierre Moscovici, mais on y viendra après les municipales. La France devra donner un signe à Bruxelles avant la présidence française de l'Union européenne en juin.»Tout autant qu'à ses promesses de campagne, c'est aussi à son image de volontariste que Sarkozy tourne le dos. Même si, tempère Goulard, il a mis en avant le rôle de la Caisse des Dépôts comme outil d'intervention de l'Etat dans l'économie.
Comme souvent, donc, il a fait diversion. En proposant par exemple de modifier le préambule de la Constitution pour y inscrire «le respect de la diversité», ce qui promet de belles empoignades entre communautaristes et républicains; ou en annonçant la suppression de la publicité à la télévision publique, mesure qui prend une nouvelle fois la gauche à revers. Mais aussi, par le biais de sa vie privée, en encourageant la semaine précédente la presse à lui poser des questions sur le sujet. Procédé à hauts risques si l'on en croit le député Hervé Mariton. «La peopolisation n'a pas forcément de conséquences néfastes à court terme, dit-il, mais elle peut exciter l'impatience sur les résultats.» C'est notamment pour montrer qu'il ne se désintéresse pas de la vie quotidienne des Français que Nicolas Sarkozy, très pris par l'international en novembre et en décembre, a décidé désormais de multiplier les déplacements en province.

Carole Barjon

Le Nouvel Observateur


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