Social - économie
Le monde de la finance voit ainsi resurgir l’ombre déjà bien connue du trader fou. Ce n’est pas la première fois en effet qu’un simple salarié parvient à lui seul et bien malgré lui, à faire vaciller une grande banque internationale. En 1995, la prestigieuse et séculaire Barings Bank britannique était mise en faillite suite aux spéculations acrobatiques de Nick Leeson, un de ses traders basé à Singapour. En 2002, une filiale de la banque irlandaise Allied Irish Bank perd près de 700 millions de dollars frauduleusement investis par John Rusnak, un de ses « génies » opérant sur le marché des changes. Ces fraudes massives ont été permises par l’informatisation croissante des activités bancaires. Les banques centrales ont pourtant cherché à prévenir les fraudes en mettant en place - via le comité de Bâle - un ensemble de règles strictes de fonctionnement et de contrôle.
Comment expliquer de tels dysfonctionnements ? Surtout, comment imaginer qu’un établissement bancaire puisse permettre à un salarié sans hautes responsabilités de prendre des engagements de plusieurs dizaines de milliards d’euros sans déclencher d’alerte ? Certes, l’imagination des spécialistes chargés d’élaborer les produits financiers est sans limites et les opérations réalisées chaque jour tellement complexes que la difficulté doit être grande de les surveiller toutes. Pourtant, selon M. Bouton, « les transactions en causes étaient simples ». Le sentiment qui prédomine, tant dans le monde politique que dans les salles des marchés, est l’incrédulité. Non sur l’existence d’une fraude, mais sur son ampleur. Pour certains, la banque aurait pu être tentée de profiter d’une fraude réelle pour masquer et liquider des créances douteuses souscrites par d’autres que Jérôme Kerviel. De fait, la figure du trader fou apparaît dans le paysage bancaire à chaque fois qu’un vaste mouvement de spéculation est « corrigé » par un krach. La crise des subprimes, née cet été aux États-Unis, a surtout révélé l’existence d’un système fou où les perspectives de profits ont conduit à minimiser les risques de façon systématique. Daniel Bouton reconnaît avoir perdu près de 2 milliards d’euros en crédits subprimes. De quoi rendre fou.
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